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Récit de vie, les médias vs la vie, covid, inondations, humanité et toléance, écriture, lecture, romans.

Hubert, une leçon d'humanité.

Hubert Béord, une leçon d'humanité et de tolérance face aux épreuves du monde.

Je me penche sur mon cahier. Une annonce Europe 1 éclaire mon écran posé sur la table :

« Inondations – Un homme de 75 ans est mort noyé hier soir dans le nord de la France. »

Cela pourrait être l’ouverture d’une nouvelle histoire. Mais, si chacune de nos vies est un roman, les histoires racontées par le journalisme ne rentrent pas dans cette catégorie. Elles ne pénètrent pas nos âmes. C’est sûrement pour ça que je me désintéresse des médias au profit des livres. Je n’ai pas encore ouvert cette notification, mais je suis certaine qu’elle ne nous racontera pas l’histoire de cet homme qui a perdu la vie face à la force impitoyable des éléments.

J’ai ouvert. J’aurais dû m’en passer. Un article qui répète quatre fois la même information, vide et plate, à propos d’un anonyme noyé dont on taira le nom. Et, une citation de Météo France en gras, énorme, avec ce mot « averti ». Voilà, nous n’en saurons pas plus, mis à part qu’il était averti. Pauvre de toi, tu le savais pourtant !

Les médias sont cruels. Cet anonyme mérite une version imaginée un peu plus belle...


Il s’appelait Hubert. Hubert Béord. Coincé chez lui entre sa marmite et ses bouquins, Hubert est confiné depuis des jours. Il a besoin de prendre l’air. Il suffoque de solitude. C’est notre lot à tous en cette époque. Mais pour lui, c’est le début de la fin. Comment respirer de nouveau quand tout est contre nous ? Il ne comprend plus rien à ces journées interminables, même sa vieille télé a rendu l’âme. Son âme à lui est en perdition et il se remémore ses vieilles années de boulot à l’usine. De folles tranches de rire avec ses camarades. Des repas gargantuesques le dimanche et des après-midis pluvieuses au bistrot du coin à chanter et boire à n’en plus pouvoir. La vie ! La belle vie !

Alors Hubert prend son manteau, son écharpe, et décide de sortir se balader juste quelques minutes autour de chez lui. La nature calme sa mélancolie. Elle lui apporte sa sagesse, dernière amie à qui se confier. Il a tellement plu que la route est inondée. L’eau se déchaîne sur son visage, lui brouillant la vue, mais il se sent vivant. Quel bonheur ! Hubert retrouve un peu le moral, le temps d’une seconde.

En faisant demi-tour, il trébuche. Une branche d’arbre, telle une peau de banane, le cloue au sol et le fait chuter quelques mètres plus bas dans le ravin. Hubert peine à se relever. Il tente par tous les moyens d’insuffler à ses jambes, endolories par l’âge, une ultime force. C’est sans compter sur ces eaux qui montent et ce parapet aussi glissant qu’une patinoire. Il dérive doucement, petit à petit. Il appelle à l’aide, mais il est seul au monde. Hubert n’a jamais été un grand nageur. Les eaux n’auront aucune pitié. Hubert Béord, 75 ans, septuagénaire averti, s’en est allé, mort étouffé par le liquide pour avoir voulu respirer.

Son masque en tissu fleuri aux couleurs d’antan sera retrouvé quelques semaines plus tard sur les bords d’un chemin boueux. Estelle Mazard, à la vue de ce déchet oublié, pensera : « Les hommes sont vraiment des chiens. »

De la cruauté humaine envers l’homme lui-même.

Ne nous jugeons pas avant de nous être au moins aimés.

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